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 Les Troubadours

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Camille Desmoulins
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Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Les Troubadours   Dim 1 Avr - 11:07

Au XIème siècle, la chanson de geste, où dominent les thèmes guerriers, se développe dans le nord de la France.
A l'oposée la France occitane, du début du XIIème siècle, voit se constituer ce que l'on appelle le "grand chant courtois", c'est à dire la poésie musicale chantée par les troubadours. Le Sud profite d'une civilisation plus riche et plus raffinée où l'inspiration lyrique confère une dignité nouvelle au thème de l'amour qu'elle transforme complètement : l'amant se présente en soupirant, se proclame le vassal de sa dame et fait de l'amour le but de sa vie. C'est une ré-invention du lien de féodalité...

Le troubadour était un chanteur en langue d'Oc, un poète du Moyen Age. Le trouvère lui s'exprime en langue d'oïl. Les troubadours ont un féminin, les trobairitz, à partir du XII° et XIII° siècle. Le premier troubadour réellement connu est Guillaume IX d'Aquitaine qui vécu de 1071 à 1127. Il laissa des poèmes sur l'amour et d'autres chants plus "ambigus". Sa petite-fille, une certaine Aliéonor d'Aquitaine, très cultivée favorise la diffusion de cette culture dans la France du nord puis à la cour d'Angleterre. Dans sa lignée Richard Coeur de Lion fut un fameux troubadour. Les grands seigneurs n'hésitaient donc pas à pousser la chansonette...

La chanson courtoise s'est peu à peu répandue dans toute l'Europe notamment dans l' empire romain germanique, les allemands donnèrent le nom de ménestrel à ses chanteurs de l'amour courtois.

Mais regardons ce phénomène sous l'oeil des historiens :
Pour Georges Duby l'amour courtois était un leurre. Dans son livre le mâle Moyen-Age il nous rappelle l'omniprésence de l'Eglise dans la société. Le cadre théorique de l'amour c'est le mariage... Or l'amour courtois est toujours situé hors du champ matrimonial. "Mais c'est encore un jeu d'hommes, spécifiquement masculin. Le seigneur, de loin, dissimulé, gouverne l'enchaînement de ses péripéties. Les femmes n'y furent jamais que des figurantes. Des leurres. Tous les poèmes de l'amour courtois ont été chantés par les hommes, et le désir qu'ils célèbrent fut toujours un désir masculin. Le Moyen Age est mâle, résolument. "

Jean Verdon dans son livre l'amour au Moyen Age rappelle lui aussi la présence de l'Eglise et la méfiance de celle-ci envers l'amour : En Occident, entre les époux ne doit régner qu'une tendre affection, sans place pour le plaisir physique, et le mariage n'a d'autre but que la procréation. Alors que les Arabes ont développé tout un art amoureux. Mais peu à peu dans son livre Jean Verdon démontre l'exitence d'un sentiment amoureux réel entre les époux, notamment parce que certains consentements familiaux sont arrachés par les rapts, les fugues...
Cet historien donne pour rôle aux troubatours celui des propagateur d'un art d'aimer. A l'instar de certaines oeuvres littéraires les troubatours parlent d'amour, de sexe aussi.

Pour terminer, voici quelques extraits pris au hasard des chansons de troubadours.
Na Bieris de Romans

Dame Marie, précieuse et fine,
en vous sont joie, sagesse, beauté extrême,
vrai accueil, grâce; en vous, si honorable,
aux mots si justes, à la compagnie si douce,
à la peau si délicate, au charme enjoué,
au tendre regard, aux gestes aimants!
Ce qui en vous est sans égal
capte mon coeur sans réserve.

PEIRE RAIMON DE TOLOSA

Pensamen ai e consir
D'una chanso faire
Qu'a leis degues abelir
Cui sui fis amaire
E s'eu pogues avenir
En bos digz retraire
Far pogra saber
Que eu plus fin joi esper
Que nuls natz de maire.

J'ai l'intention et le souci de faire une chanson qui doive plaire à celle dont je suis l'amant parfait et si je pouvais réussir à "trouver" de belles paroles je pourrais faire savoir que j'attends une joie plus parfaite que nul homme né de mère.

Lo cor e-l vejaire
En leis onrar e servir
Car es la belaire
Qu'om pogues el mon chauzir
Don no-m posc estraire
Ni mon cor mover
Qu'amors me fai tan temer
Leis qu'als non am gaire.

J'ai mis mon cœur, mon bon sens, mon jugement et ma raison à l'honorer et à la servir car elle est la plus belle que l'on pourrait distinguer dans le monde Je ne puis ni m'en soustraire ni m'en éloigne mon cœur car mon amour me la fait éternellement vénérer que je n'aime aucune autre personne.

La fina vera valors
Plus d'autre valensa
E-l pretz e-l fresca colors
Me platz e m'agensa
Pero si-m valgues amors
Tan que m'entendensa
Midons abelis
Plus ric joi que paradis
Agr'a ma parvensa.

La fine vraie valeur plus parfaite que celle d'aucune autre dame le mérite, la fraîche couleur me plaisent et m'agréent et si son amour
daignait me secourir au point que ma requête amoureuse plût à ma dame, j'aurais, il me semble, une joie plus parfaite que le paradis.

Nulh'autra
no-m pot secors
Far ni dar guirensa
Et on plus en sen dolors
Plus n'ai sovinensa
Mas ges dire mas clamors
No l'aus per temensa
Tan li sui aclis
Qu'on plus vas me s'afortis
Mai l'am ses falhensa.
E fora li benestan

Aucune autre ne peut me secourir ou me guérir plus j'en éprouve de douleur plus j'en ai souvenance mais, par timidité je n'ose lui exprimer mes plaintes, je lui suis tellement soumis que plus elle s'obstine envers moi plus je l'aime sans défaillance.

Si-m des alegransa
Tan qu'aleuges mon afan
Ab douss'aconhdansa
Qu'eu li sui sers sens engan
E non ai membransa
Qu'eu li sui sers sens engan
E non ai membransa
D'als mas com fezes
Tot so qu'a midons plagues
Pero pauc m'enansa.

Il lui serait bienséant de me donner tant d'allégresse qu'elle allégeât mon chagrin avec ses douces manières, car je lui appartiens sans tromperie et je ne pense pas à autre chose si ce n'est comment je ferai tout ce qui pourrait plaire à ma dame, mais cela m'avance peu.

Qu'ades m'en vauc melhuran
On plus n'ai pezansa
Vas leis e sofri mon dan
Ab bon'esperansa
E doblera mon talan
Sa bela semblansa
Gentils cors cortes
Si-- prees de me merces
O qualque pitansa.

Car je vais toujours en m'améliorant, quand j'ai plus d'irritation envers elle et je souffre mon dommage en conservant bon espoir. Et ce bel accueil Ces belles manières doubleraient mon désir. Noble corps courtois si tu avais de moi quelque pitié ou quelque compassion !Et voilà, le super site sur lequel j'ai un maximun d'informations, un brillant travail.http://histoire-ma.chez-alice.fr/troubadours/Troubadour/#GlossB




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MessageSujet: Re: Les Troubadours   Dim 1 Avr - 13:34

Oui ! Absolument remarquable !
Citation :
"Mais c'est encore un jeu d'hommes, spécifiquement masculin. Le seigneur, de loin, dissimulé, gouverne l'enchaînement de ses péripéties. Les femmes n'y furent jamais que des figurantes. Des leurres. Tous les poèmes de l'amour courtois ont été chantés par les hommes, et le désir qu'ils célèbrent fut toujours un désir masculin. Le Moyen Age est mâle, résolument. "
Très juste perspective.

Merci infiniment pour ce sujet, et pour le lien, Camille. sunny qui figure dans mes favoris.
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