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 Le politiquement correct ou l'utilisation de l'histoire...

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stef
Roi du contre-pied
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Nombre de messages : 1668
Date d'inscription : 24/03/2007

MessageSujet: Le politiquement correct ou l'utilisation de l'histoire...   Sam 26 Sep - 22:17

Parmi les innombrables cas de récupération idéologique de l'histoire, ou de tout autre discipline comme l'archéologie (qui a souffert longtemps de son utilisation dans le sentiment nationaliste allemand) ou la géopolitique (les mêmes raisons), en voici un exemple.

Outre le fait qu'il démontre l'absurdité du concept de Renaissance (forgé par servilité politique, mais ce n'est pas le propos ici, j'y reviendrai peut-être ailleurs...), cet exemple illustre la récupération d'une oeuvre médiévale, porteuse à une époque de l'idéologie nazie :




Je connaissais bien cette sculpture. Georges Duby y lisait un Saint Louis jeune, dans la force de l'âge, digne fils de Louis Le Lion.
Bel exemple d'un humanisme traduit dans la pierre, d'où ma première réflexion sur le concept boiteux de Renaissance, car ce groupe sculpté date de 1235.

Son pendant idéologiquement récupéré est la représentation de Uta Von Ballenstedt :


Voici comment s'est établie la récupération idéologique du Moyen Age par les Nazis, selon Joseph Morsel (Université Paris 1)

"




Ces deux statues constituent un ensemble historiographique très
significatif : indépendamment du fait qu’elles sont à peu près contemporaines,
que certains y voient une influence stylistique champenoise, qu’elles
proviennent de ces cathédrales à deux chœurs qui sont un signe caractéristique
de l’Empire, qu’elles représentent des laïcs dans un espace clérical, elles soulèvent surtout clairement le problème de
la récupération du Moyen Âge
et de l’attitude des médiévistes face à cela.
En effet, ces deux figures ont été de véritables « icônes » à l’époque nazie,
pendant laquelle elles ont été élevées au rang de représentations de la beauté
allemande et de l’ancienneté de l’expansion germanique vers l’Est (Naumburg
comme Bamberg avaient été fondés comme points d’appui pour la christianisation
des régions orientales, dites « slaves »).






Ayant fourni le cliché du
cavalier de Bamberg pour la couverture de l’ouvrage réalisé en collaboration
avec Michel PARISSE et autres,
De la Meuse à l’Oder. L’Allemagne
au XIIIe siècle
(Paris, Picard, 1994), puis le cliché d’Uta pour la
couverture de mon
livre L’aristocratie
médiévale. La domination sociale en Occident (Ve-XVe siècle)
(Paris, Colin,
2004), j’ai à chaque fois entendu d’excellents collègues allemands m’en
rappeler le caractère « politiquement incorrect » dans leur pays. On peut
répondre à cela de deux manières : d’une part, il n’y a aucune raison de laisser une idéologie fasciste mettre la
main sur des créations qui relèvent du patrimoine commun
et qu’il est de
notre devoir de lutter contre de telles appropriations ; mais cela tend à
naturaliser la notion de « patrimoine commun » qui, bien qu’il soit employé de
façon systématique et irréfléchie, ne va absolument pas de soi puisqu’il n’est
que le pendant matériel de la « mémoire » et ne renvoie ainsi qu’au rapport des
gens d’aujourd’hui à ces objets du passé au lieu d’en considérer l’historicité.






C’est ce qui conduit alors à la
seconde réponse, qui consiste à souligner le caractère illogique de
l’argumentation avancée : soit on admet que le sens d’une œuvre est fixé par le
créateur dans sa société - et dans ce cas le cavalier et Uta ont un sens
purement médiéval ; soit on admet que le sens de l’œuvre évolue dans le temps -
et dans ce cas, il n'y a aucune raison de considérer que le sens que les nazis
ont donné à ces figures est leur sens définitif : l'interprétation fasciste
qu'ont pu recevoir alors le cavalier et Uta est purement historique et
dépassable, pourvu qu'on prenne la peine de leur construire un nouveau sens
(non « patrimonial » !) - les seuls combats perdus sont ceux qu’on n’a pas
livrés."



Voilà un vaste débat qu'on ne fait qu'entamer...

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Ver de terre amoureux d'une étoile... I love you
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Camille Desmoulins
Admin
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Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Re: Le politiquement correct ou l'utilisation de l'histoire...   Dim 27 Sep - 9:47

D'ailleurs dire Saint Louis à la place de Louis IX ne relève-t-il pas d'une certaine acceptation d'une récupération idéologique de l'histoire ? Laughing

Je plaisante, ton sujet est extrénement intéressant. Maints exemples prouvent que l'histoire que nous a été léguée est un héritage forgé dans des buts précis.

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La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Maximilien Robespierre.
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