L'Atelier de l'Histoire

Forum de discussion historique
 
AccueilAccueil  PortailPortail  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 16 Déc - 17:48

ODE VII.
SUR LE FANATISME. 1732.

Charmante et sublime Émilie
Amante de la Vérité,
Ta solide philosophie
T'a prouvé la Divinité.
Ton âme, éclairée et profonde,
Franchissant les bornes du monde,
S'élance au sein de son auteur.
Tu parais son plus bel ouvrage;
Et tu lui rends un digne hommage,
Exempt de faiblesse et d'erreur.
Mais si les traits de l'Athéisme
Sont repoussés par ta raison,
De la coupe du Fanatisme
Ta main renverse le poison:
Tu sers la justice éternelle,
Sans l'âcreté de ce faux zèle
De tant de dévots malfaisants,
Tel qu'un sujet sincère et juste
Sait approcher d'un trône auguste
Sans les vices des courtisans.

Ce Fanatisme sacrilège
Est sorti du sein des autels;
Il les profane, il les assiège,
Il en écarte les mortels.
O Religion bienfaisante,
Ce farouche ennemi se vante
D'être né dans ton chaste flanc!
Mère tendre, mère adorable,
Croira-t-on qu'un fils si coupable
Ait été formé de ton sang?

On a vu souvent des athées
Estimables dans leurs erreurs;
Leurs opinions infectées
N'avaient point corrompu leurs moeurs.
Spinosa fut toujours fidèle
A la loi pure et naturelle
Du Dieu qu'il avait combattu;

Et ce Desbarreaux qu'on outrage,
S'il n'eut pas les clartés du sage,
En eut le coeur et la vertu.

Je sentirais quelque indulgence
Pour un aveugle audacieux
Qui nierait l'utile existence
De l'astre qui brille à mes yeux.
Ignorer ton être suprême,
Grand Dieu! c'est un moindre blasphème,
Et moins digne de ton courroux,
Que de te croire impitoyable,
De nos malheurs insatiable,
Jaloux, injuste comme nous.

Lorsqu'un dévot atrabilaire,
Nourri de superstition,
A, par cette affreuse chimère,
Corrompu sa religion,
Le voilà stupide et farouche;
Le fiel découle de sa bouche,
Le Fanatisme arme son bras;
Et, dans sa piété profonde,
Sa rage immolerait le monde
A son Dieu, qu'il ne connaît pas.


Ce sénat proscrit dans la France,
Cette infâme Inquisition,
Ce tribunal où l'ignorance
Traîna si souvent la raison;

Ces Midas en mitre, en soutane,
Au philosophe de Toscane
Sans rougir ont donné des fers.
Aux pieds de leur troupe aveuglée,
Abjurez, sage Galilée,
Le système de l'univers.

Écoutez ce signal terrible
Qu'on vient de donner dans Paris;
Regardez ce carnage horrible,
Entendez ces lugubres cris;
Le frère est teint du sang du frère,
Le fils assassine son père,
La femme égorge son époux;
Leurs bras sont armés par des prêtres.
O ciel! sont-ce là les ancêtres
De ce peuple léger et doux?

Jansénistes et molinistes,
Vous qui combattez aujourd'hui
Avec les raisons des sophistes,
Leurs traits, leur bile, et leur ennui,
Tremblez qu'enfin votre querelle
Dans vos murs un jour ne rappelle
Ces temps de vertige et d'horreur;
Craignez ce zèle qui vous presse:
On ne sent pas dans son ivresse
Jusqu'où peut aller sa fureur.

Malheureux, voulez-vous entendre
La loi de la religion?
Dans Marseille il fallait l'apprendre
Au sein de la contagion,
Lorsque la tombe était ouverte,
Lorsque la Provence, couverte
Par les semences du trépas,
Pleurant ses villes désolées
Et ses campagnes dépeuplées,
Fit trembler tant d'autres États.

Belsunce, pasteur vénérable,
Sauvait son peuple périssant;
Langeron, guerrier secourable,
Bravait un trépas renaissant;
Tandis que vos lâches cabales
Dans la mollesse et les scandales
Occupaient votre oisiveté
De la dispute ridicule
Et sur Quesnel et sur la bulle,
Qu'oubliera la postérité.

Pour instruire la race humaine
Faut-il perdre l'humanité?
Faut-il le flambeau de la Haine
Pour nous montrer la Vérité?

Un ignorant, qui de son frère
Soulage en secret la misère,
Est mon exemple et mon docteur;

Et l'esprit hautain qui dispute,
Qui condamne, qui persécute,
N'est qu'un détestable imposteur.

Voltaire.


Dernière édition par Aude le Mar 8 Déc - 0:20, édité 3 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 16 Déc - 18:15

STANCES À MADAME DU CHÂTELET

" Si vous voulez que j'aime encore,
Rendez-moi l'âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s'il se peut, l'aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l'Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M'avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n'a pas l'esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu'il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d'aimer et d'être aimable,
C'est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n'est rien. "

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L'Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu'elle.

Voltaire.
Revenir en haut Aller en bas
Camille Desmoulins
Admin


Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 16 Déc - 20:07

C'est un rien nostalgique et triste comme discours, notre cher Voltaire devait avoir l'âme troublée lorsqu'il écrivit ces strophes. Le texte reste très beau mais la logique de monsieur Arouet me trouble quelque peu.

En tout cas, merci Aude pour avoir cité ce trés beau passage.

_________________
La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Maximilien Robespierre.
Revenir en haut Aller en bas
http://atelierdelhistoire.frbb.net
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 16 Déc - 20:16

Ce fut un poème dédié à Emilie, durant la période où elle prit un amant. Voltaire fut, évidemment attristé ; mais non rancunier ; il était, de surcroît, plus âgé qu'elle ; ce qui le "fragilisait" quelque peu.

C'est moi qui te remercie de m'offrir le loisir de me faire l' extrême plaisir de me plonger une nouvelle fois au coeur de mes philosophes adorés.

Il y a de l'égoïsme dans mes contributions, hélas... Laughing



Je ne puis résister au désir d'insérer "Le Mondain", que j'adore...(épicurien en diable)


Le Mondain --Extrait--


Regrettera qui veut le bon vieux temps,
Et l'âge d'or, et le règne d'Astrée,
Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,
Et le jardin de nos premiers parents;
Moi je rends grâce à la nature sage
Qui, pour mon bien, m'a fait naître en cet âge
Tant décrié par nos tristes frondeurs:
Ce temps profane est tout fait pour mes moeurs.
J'aime le luxe, et même la mollesse,
Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
La propreté, le goût, les ornements:
Tout honnête homme a de tels sentiments.
Il est bien doux pour mon coeur très immonde
De voir ici l'abondance à la ronde,
Mère des arts et des heureux travaux,
Nous apporter, de sa source féconde,
Et des besoins et des plaisirs nouveaux.
L'or de la terre et les trésors de l'onde,
Leurs habitants et les peuples de l'air,
Tout sert au luxe, aux plaisirs de ce monde.
O le bon temps que ce siècle de fer!
Le superflu, chose très nécessaire,
A réuni l'un et l'autre hémisphère.
Voyez-vous pas ces agiles vaisseaux
Qui, du Texel, de Londres, de Bordeaux,
S'en vont chercher, par un heureux échange,
De nouveaux biens, nés aux sources du Gange,
Tandis qu'au loin, vainqueurs des musulmans,
Nos vins de France enivrent les sultans?
Quand la nature était dans son enfance,
Nos bons aïeux vivaient dans l'ignorance,
Ne connaissant ni le tien ni le mien.
Qu'auraient-ils pu connaître ? ils n'avaient rien.
Ils étaient nus: et c'est chose très claire
Que qui n'a rien n'a nul partage à faire.
Sobres étaient. Ah! je le crois encor:
Martialo n'est point du siècle d'or.
D'un bon vin frais ou la mousse ou la sève
Ne gratta point le triste gosier d'Eve;
La soie et l'or ne brillaient point chez eux.
Admirez-vous pour cela nos aïeux?
Il leur manquait l'industrie et l'aisance:
Est-ce vertu ? c'était pure ignorance.
Quel idiot, s'il avait eu pour lors
Quelque bon lit, aurait couché dehors?
Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,
Que faisais-tu dans les jardins d'Eden?
Travaillais-tu pour ce sot genre humain?
Caressais-tu madame Eve ma mère?
Avouez-moi que vous aviez tous deux
Les ongles longs, un peu noirs et crasseux,
La chevelure un peu mal ordonnée,
Le teint bruni, la peau bise et tannée.
Sans propreté l'amour le plus heureux
N'est plus amour, c'est un besoin honteux.
Bientôt lassés de leur belle aventure,
Dessous un chêne ils soupent galamment
Avec de l'eau, du millet, et du gland;
Le repas fait, ils dorment sur la dure:
Voilà l'état de la pure nature.
Or maintenant voulez-vous, mes amis,
Savoir un peu, dans nos jours tant maudits,
Soit à Paris, soit dans Londre, ou dans Rome,
Quel est le train des jours d'un honnête homme?
Entrez chez lui: la foule des beaux-arts,
Enfants du goût, se montre à vos regards.
De mille mains l'éclatante industrie
De ces dehors orna la symétrie.
L'heureux pinceau, le superbe dessin
Du doux Corrège et du savant Poussin
Sont encadrés dans l'or d'une bordure;
C'est Bouchardon qui fit cette figure,
Et cet argent fut poli par Germain.
Des Gobelins l'aiguille et la teinture
Dans ces tapis surpassent la peinture.
Tous ces objets sont vingt fois répétés
Dans des trumeaux tout brillants de clartés.
De ce salon je vois par la fenêtre,
Dans des jardins, des myrtes en berceaux;
Je vois jaillir les bondissantes eaux.
Mais du logis j'entends sortir le maître:
Un char commode, avec grâces orné,
Par deux chevaux rapidement traîné,
Paraît aux yeux une maison roulante,
Moitié dorée, et moitié transparente:
Nonchalamment je l'y vois promené;
De deux ressorts la liante souplesse
Sur le pavé le porte avec mollesse
Il court au bain: les parfums les plus doux
Rendent sa peau plus fraîche et plus polie.
Le plaisir presse; il vole au rendez-vous
Chez Camargo, chez Gaussin, chez Julie;
Il est comblé d'amour et de faveurs.
Il faut se rendre à ce palais magique
Où les beaux vers, la danse, la musique,
L'art de tromper les yeux par les couleurs,
L'art plus heureux de séduire les coeurs,
De cent plaisirs font un plaisir unique.
Il va siffler quelque opéra nouveau,
Ou, malgré lui, court admirer Rameau.
Allons souper. Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices!
Qu'un cuisinier est un mortel divin!
Chloris, Églé, me versent de leur main
D'un vin d'Aï dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Comme un éclair fait voler le bouchon;
Il part, on rit; il frappe le plafond.
De ce vin frais l'écume pétillante
De nos Français est l'image brillante.

Le lendemain donne d'autres désirs,
D'autres soupers, et de nouveaux plaisirs.
Or maintenant, monsieur du Télémaque,
Vantez-nous bien votre petite Ithaque,
Votre Salente, et vos murs malheureux,
Où vos Crétois, tristement vertueux,
Pauvres d'effet, et riches d'abstinence,
Manquent de tout pour avoir l'abondance:
J'admire fort votre style flatteur,
Et votre prose, encor qu'un peu traînante;
Mais, mon ami, je consens de grand coeur
D'être fessé dans vos murs de Salente,
Si je vais là pour chercher mon bonheur.
Et vous, jardin de ce premier bonhomme,
Jardin fameux par le diable et la pomme,
C'est bien en vain que, par l'orgueil séduits,
Huet, Calmet, dans leur savante audace,
Du paradis ont recherché la place:
Le paradis terrestre est où je suis.


Voltaire.


Dernière édition par Aude le Mar 8 Déc - 0:21, édité 7 fois
Revenir en haut Aller en bas
Camille Desmoulins
Admin


Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 16 Déc - 20:26

Très jolie conclusion. cheers

_________________
La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Maximilien Robespierre.
Revenir en haut Aller en bas
http://atelierdelhistoire.frbb.net
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 16 Déc - 20:50

En effet ! Laughing
Revenir en haut Aller en bas
Estelle
Admin


Nombre de messages : 2408
Age : 39
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Mar 18 Déc - 9:53

Merci beaucoup Aude. Tu sais que j'apprécie Voltaire! Wink

_________________
Notre étoile est en nous, et de nous il dépend qu'elle soit bonne ou mauvaise.Charles Baudoin

Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Mar 18 Déc - 14:18

Oui, Estelle ! Je le sais et en suis heureuse sunny


Dernière édition par Aude le Mar 8 Déc - 0:21, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Sam 9 Fév - 14:15

Voici deux petits poèmes de Voltaire que j'ai eu l'envie d'insérer.


A Mme Lullin

Hé quoi ! vous êtes étonnée
Qu'au bout de quatre-vingts hivers,
Ma Muse faible et surannée
Puisse encor fredonner des vers ?

Quelquefois un peu de verdure
Rit sous les glaçons de nos champs ;
Elle console la nature,
Mais elle sèche en peu de temps.

Un oiseau peut se faire entendre
Après la saison des beaux jours ;
Mais sa voix n'a plus rien de tendre,
Il ne chante plus ses amours.

Ainsi je touche encor ma lyre
Qui n'obéit plus à mes doigts ;
Ainsi j'essaie encor ma voix
Au moment même qu'elle expire.

"Je veux dans mes derniers adieux,
Disait Tibulle à son amante,
Attacher mes yeux sur tes yeux,
Te presser de ma main mourante."

Mais quand on sent qu'on va passer,
Quand l'âme fuit avec la vie,
A-t-on des yeux pour voir Délie,
Et des mains pour la caresser ?

Dans ce moment chacun oublie
Tout ce qu'il a fait en santé.
Quel mortel s'est jamais flatté
D'un rendez-vous à l'agonie ?

Délie elle-même, à son tour,
S'en va dans la nuit éternelle,
En oubliant qu'elle fut belle,
Et qu'elle a vécu pour l'amour.

Nous naissons, nous vivons, bergère,
Nous mourons sans savoir comment ;
Chacun est parti du néant :
Où va-t-il ?... Dieu le sait, ma chère.

Voltaire.


Dernière édition par Aude le Mar 8 Déc - 0:22, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Sam 9 Fév - 14:17

A Mademoiselle de Guise

Vous possédez fort inutilement
Esprit, beauté, grâce, vertu, franchise ;
Qu'y manque-t-il ? quelqu'un qui vous le dise
Et quelque ami dont on en dise autant.

Voltaire.


Dernière édition par Aude le Mar 8 Déc - 0:22, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Sam 9 Fév - 14:19

Un dernier Laughing


Les Vous et les Tu


Philis, qu'est devenu ce temps
Où, dans un fiacre promenée,
Sans laquais, sans ajustements,
De tes grâces seules ornée,
Contente d'un mauvais soupé
Que tu changeais en ambroisie,
Tu te livrais, dans ta folie,
A l'amant heureux et trompé
Qui t'avait consacré sa vie ?
Le ciel ne te donnait alors,
Pour tout rang et pour tous trésors,
Que les agréments de ton âge,
Un coeur tendre, un esprit volage,
Un sein d'albâtre, et de beaux yeux.
Avec tant d'attraits précieux,
Hélas ! qui n'eût été friponne ?
Tu le fus, objet gracieux !
Et (que l'Amour me le pardonne !)
Tu sais que je t'en aimais mieux.

Ah ! madame ! que votre vie
D'honneurs aujourd'hui si remplie,
Diffère de ces doux instants !
Ce large suisse à cheveux blancs,
Qui ment sans cesse à votre porte,
Philis, est l'image du Temps ;
On dirait qu'il chasse l'escorte
Des tendres Amours et des Ris ;
Sous vos magnifiques lambris
Ces enfants tremblent de paraître.
Hélas ! je les ai vus jadis
Entrer chez toi par la fenêtre,
Et se jouer dans ton taudis.

Non, madame, tous ces tapis
Qu'a tissus la Savonnerie,
Ceux que les Persans ont ourdis,
Et toute votre orfèvrerie,
Et ces plats si chers que Germain
A gravés de sa main divine,
Et ces cabinets où Martin
A surpassé l'art de la Chine ;
Vos vases japonais et blancs,
Toutes ces fragiles merveilles ;
Ces deux lustres de diamants
Qui pendent à vos deux oreilles ;
Ces riches carcans, ces colliers,
Et cette pompe enchanteresse,
Ne valent pas un des baisers
Que tu donnais dans ta jeunesse

Voltaire.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Sam 2 Jan - 23:27

Saviez vous que notre cher Voltaire écrivait aussi des poésies coquines ?
en voici une :

Polissonnerie


Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s'il n'est pas tondu
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques fleurs
Colorer le rivage ;
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.

- Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage ;
Vous pourriez bien gâter les fleurs
De mon joli bocage ;
Car, si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
M'en faire verser d'autres.

- Quoi ! vous craignez l'évènement
De l'amoureux mystère ;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère ;
L'amant, modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser la gazon
Sans imbiber la terre.

- Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire ;
Mais dans ce fortuné moment
On ne se connait guère.
L'amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna l'être.
Revenir en haut Aller en bas
Camille Desmoulins
Admin


Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Sam 2 Jan - 23:45

Notre spécialiste de Voltaire, Aude, te répondras surement avec ferveur en citant d'autres passages de ce genre. Wink

_________________
La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Maximilien Robespierre.
Revenir en haut Aller en bas
http://atelierdelhistoire.frbb.net
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 3 Jan - 0:09

J adore la poésie "rose".
J en mettrai encore ! Enfin si cela ne dérange pas.
Revenir en haut Aller en bas
Camille Desmoulins
Admin


Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 3 Jan - 0:11

Pascale a écrit:
J adore la poésie "rose".
J en mettrai encore ! Enfin si cela ne dérange pas.

Nous sommes tous des grands ! Laughing

Et puis, nous avons des dames qui savent très bien signifier que nous avons dépasser les limites !

Mais, avant toute chose, elles sont, comme nous, respectueuses de l'art ! Fusse-t-il rose !

_________________
La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Maximilien Robespierre.
Revenir en haut Aller en bas
http://atelierdelhistoire.frbb.net
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Dim 3 Jan - 0:16

Très bien. Les poèmes que je posterai n outrageront en aucune manière les yeux chastes.
Revenir en haut Aller en bas
Invité
Invité



MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   Lun 4 Jan - 19:58

Extrait des "Satires"...

SUR L’USAGE DE LA VIE
POUR RÉPONDRE
AUX CRITIQUES QU’ON AVAIT FAITES DU MONDAIN.


Sachez, mes très chers amis,
Qu’en parlant de l’abondance,
J’ai chanté la jouissance
Des plaisirs purs et permis,
Et jamais l’intempérance.
Gens de bien voluptueux,
Je ne veux que vous apprendre
L’art peu connu d’être heureux:
Cet art, qui doit tout comprendre,
Est de modérer ses voeux.
Gardez de vous y méprendre.
Les plaisirs, dans l’âge tendre,
S’empressent à vous flatter:
Sachez que, pour les goûter,
Il faut savoir les quitter,
Les quitter pour les reprendre.
Passez du fracas des cours
A la douce solitude;
Quittez les jeux pour l’étude:
Changez tout, hors vos amours.
D’une recherche importune
Que vos coeurs embarrassés
Ne volent point, empressés,
Vers les biens que la fortune
Trop loin de vous a placés:
Laissez la fleur étrangère
Embellir d’autres climats;
Cueillez d’une main légère
Celle qui naît sous vos pas.
Tout rang, tout sexe, tout âge,
Reconnaît la même loi;
Chaque mortel en partage
A son bonheur près de soi.
L’inépuisable nature
Prend soin de la nourriture
Des tigres et des lions,
Sans que sa main abandonne
Le moucheron qui bourdonne
Sur les feuilles des buissons;
Et tandis que l’aigle altière
S’applaudit de sa carrière
Dans le vaste champ des airs,
La tranquille Philomèle
A sa compagne fidèle
Module ses doux concerts.
Jouissez donc de la vie,
Soit que dans l’adversité
Elle paraisse avilie,
Soit que sa prospérité
Irrite l’oeil de l’envie.
Tout est égal, croyez-moi:
On voit souvent plus d’un roi
Que la tristesse environne;
Les brillants de la couronne
Ne sauvent point de l’ennui:
Ses mousquetaires, ses pages,
Jeunes, indiscrets, volages,
Sont plus fortunés que lui.
La princesse et la bergère
Soupirent également;
Et si leur âme diffère,
C’est en un point seulement:
Philis a plus de tendresse,
Philis aime constamment,
Et bien mieux que Son Altesse...
Ah! madame la princesse,
Comme je sacrifierais
Tous vos augustes attraits
Aux larmes de ma maîtresse!
Un destin trop rigoureux
A mes transports amoureux
Ravit cet objet aimable;
Mais, dans l’ennui qui m’accable,
Si mes amis sont heureux,
Je serai moins misérable.

Voltaire
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--   

Revenir en haut Aller en bas
 
Voltaire - --Poèmes et extraits d'oeuvres--
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Les réécritures en 1ère L : choix des deux oeuvres ???
» Conseils pour faire réaliser une anthologie de poèmes ?
» Français - Exposés en 2nde : Recherche oeuvres qui ont fait scandale
» Collège : 3 extraits d'une oeuvre = 1 oeuvre intégrale ?
» Liste d'oeuvres pour les niveaux 4ème et 3ème

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Atelier de l'Histoire :: Patrimoine :: Les Artistes et leurs Oeuvres :: Les Grands Poètes-
Sauter vers: