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 Différence entre Histoire et Mémoire.

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AuteurMessage
Camille Desmoulins
Admin


Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Différence entre Histoire et Mémoire.   Lun 18 Juin - 11:38

Ayant eu déjà l'occasion de parler de ce problème fondamental qui engendre incompréhensions et réactions vives, voici un ensemble de lien sur divers sujets où l'Histoire et la Mémoire sont opposées.

Tous les liens ne se valent pas, intelectuellement parlant, mais ils proposent tous une différenciation entre les deux notions.

http://crdp.ac-reims.fr/memoire/enseigner/memoire_histoire/05historiens1.htm

http://www.culture.gouv.fr/culture/actual/art/dorleac.htm

http://memoire1418.free.fr/Histoire%20I/index.htm

http://www.cnrs.fr/cw/fr/pres/compress/memoire/lagrou.htm

http://terrain.revues.org/document2854.html

Et voici en guise de conclusion, le compte-rendu d'une conférence de Pierre Nora sur ce thème :

Au début du XXème siècle, les identités nationales, minées par les guerres mondiales ont été remplacées par les identités sociales. C’est une époque de remise en cause du modèle national.

On voit naître de puissants mouvements d’émancipation de groupes sociaux, chacun exigeant sa mémoire et sa reconnaissance par la nation. On parle de " mémoire juive" puis l’on voit naître une "communauté juive", terme finalement récent, qui demande la reconnaissance.

C’est ainsi que la "mémoire nationale" a été submergée par les mémoires de groupes.

Cela induit un remaniement des rapports entre la Mémoire et l’Histoire.

Dans un rapide rappel historiographique, Pierre Nora rappelle les fluctuations des relations entre l’Histoire et la Mémoire...

La Révolution Française, en créant l’expression "Ancien Régime" avait d’un coup mis à distance tout le passé. Au début du XIXè siècle, pour se ressaisir de ce passé, on procède surtout par collectes de "mémoires". C’est la seule histoire "vraie".

A la fin du XIXè siècle, l’histoire devenue une science, devient aussi une institution nationale. A ce moment, l’Histoire prend le pas sur la Mémoire. Cette Histoire nationale devient notre mémoire.

Puis ce sont les années 30, avec les crises idéologiques, économiques, politiques et nationales.... Ce n’est pas un hasard si c’est en 1929 que Lucien Fèvre et Marc Bloch fondent les Annales. A ce moment-là, l’Histoire cesse de coincider avec l’histoire de la Nation. Elle devient un savoir de la société par elle même et cela explique sûrement la réticence officielle à l’école des Annales. La Nation y apparait éclatée : villages, grands courants économiques, démographiques... Cette mise en évidence de structures était en contradiction avec la tradition nationale vécue. Les statistiques prennaient le contrepied de la mémoire.

La distance entre l’Histoire et la Mémoire se creuse avec la nouvelle Histoire qui apparaît dans les années soixante, sous le coup de la décolonisation et de la croissance économique. La décolonisation ouvre la confrontation entre la raison occidentale et les autres mentalités. On fait l’histoire des différences et non des points communs. L’histoire des mentalités devient une reconstitation de mémoires mortes.

Aujourd’hui, on a coutume de dire que l’Histoire s’accélère et le poids de la Mémoire est généralisé. Alors qu’autrefois le futur apparaissait clairement, l’Histoire donnait des pistes pour l’aborder. Devant un futur incertain on ne sait plus ce qu’il faut retenir, d’où un fétichisme de la trace. Tout devient historique, tout relève de la mémoire.

Dans ce contexte, que devient l’histoire nationale ? Elle se résume aux lieux de mémoire.

Pour répondre enfin à la question " Pourquoi faire de l’Histoire aujourd’hui ? " Pour échapper à la tyrannie des groupes, opposer l’histoire collective aux mémoires particulières.
Aujourd’hui, l’historien n’est plus le seul à gérer le passé, il y aussi les médias, les juges, les législateurs, les témoins...
Il faut se méfier de la sacralisation de la Mémoire. Elle peut se retourner et devenir un motif d’exclusion. Elle est un appel à la justice, mais aussi un appel au privilège, à la réparation et même dans les cas extrêmes, elle peut devenir un appel au meurtre.
En reprenant Nietzsche, il y a un degré de rumination de sens mémoriel au delà duquel un homme, un peuple, une civilisation est détruit.
La Mémoire divise, l’Histoire réunit.

_________________
La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Maximilien Robespierre.
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