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 Madrin, prince des voleurs

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Madrin prince des voleurs
Mandrin est il un Robin des bois des Temps Modernes ?
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Est-il un simple contrebandier ?
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Est-il un précurseur de la Révolution ?
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Total des votes : 2
 

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Camille Desmoulins
Admin


Nombre de messages : 5040
Date d'inscription : 23/03/2007

MessageSujet: Madrin, prince des voleurs   Jeu 5 Avr - 15:26

Mandrin est il un Robin des bois des Temps Modernes ? Est-il un simple malfaiteur ?

Du vivant même de Mandrin, une légende noire et une légende dorée se sont épanouies en une multitude de récits plus ou moins fantaisistes.

Madrin né à Saint-Étienne de Geoirs, dans le Dauphiné. Fils aîné d’un riche paysan possèdant de multiples affaires, Mandrin devient chef de famille a 17 ans quand meurt son père. Il doit gérer une famille de neuf enfants l’exploitation agricole et l’entreprises de maquignonnage de bétail. Louis n’est pas doué assez mature et n’a pas la bosse des affaires. Les dettes s’accumulent ainsi que les problèmes judiciaires.

Malgré sa naissance certains verront en Mandrin des valeurs de courage toutes aristocratiques , il disait lui-même : "Je me sens du courage et quelque talent, que n’ai-je de la naissance ?"


Inapte à développer l'entreprise familiale, il signe en 1748 un contrat avec les collecteurs de taxes de la Ferme générale en vue de ravitailler l'armée française qui guerroie en Italie durant la guerre de la Succession d'Autriche. Le travail de Mandrin consiste à ravitailler l'armée d'Italie en transportant à travers les Alpes toutes sortes de denrées, chargées sur 97 mulets achetés à ses frais. Mais l’entreprise très difficile est un semi-échec. Or les banquiers de la Ferme refuse de payer les frais de l’expédition.
En 1749, Mandrin est ruiné et doit toujours survenir aux besoins de sa famille.
Il renonce donc à la carrière militaire, un roturier ne pouvant espérer un grand avancement.


Il se lance avec son frère dans le faux-monnayage, mais après une dénonciation d’un employé de la ferme son frère est pendu. Pour Mandrin la Ferme Générale va devenir son ennemi personnel. Il s’agit d’une question d’honneur. Le jour même de la pendaison de son frère, 23 juillet 1793, Mandrin est condamné à la peine capitale pour avoir participé à une bagarre mortelle.

Devenu hors-la-loi, il prend la tête d'une bande de contrebandiers, dont le chef initial était Bélissard. Celui qu’on allait surnommer
le colonel général des contrebandiers de France déclare la guerre à la Ferme générale, non sans afficher son dévouement au roi !

La brève épopée de Mandrin est symbolique des inégalités fiscales dans les décennies précédant la Révolution française.


Les fermiers généraux sont alors honnis par la population. Chaque année, le roi demandait une forte somme à ses 40 fermiers généraux prélèvent les taxes sur les marchandises (la plus connue est la Gabelle Or,la gabelle est de loin et partout l’impôt le plus impopulaire parce qu’il taxe un produit de première nécessité, il n’y a alors guère d’autre moyen de conservation des aliments que le salage) , mais d'autres
marchandises, comme le tabac sont lourdement taxées).
Le système d'affermage de la collecte des taxes entraîne d'énormes abus. Les fermiers généraux accumulent des richesses incroyables en ne reversant au Roi que le montant convenu, parfois le quart des taxes qu'ils prélèvent.

La bande de Mandrin fait de la contrebande en particulier de tabac, entre les cantons Suisses, la France et le Duché de Savoie ( il cache
dans ce territoire étranger à l’époque ses armes et ses réserves). Il achète en Suisse des marchandises (tissus, peaux, tabac, toiles et épices), qu'il vend dans les villes françaises sans qu'elles soient soumises aux taxes des fermiers généraux. Cette vente au vu et au su de chacun procure la plus grande satisfaction des habitants. Les fermiers généraux ripostent en obtenant dès le printemps 1754 des lois contre les personnes qui achèteraient quoi que ce soit aux contrebandiers. Pour répliquer Mandrin oblige les fermiers généraux de lui acheter toutes ses marchandises. En réalité il se sert lui-même dans la caisse en prétendant recouvrer ainsi les sommes qui avaient été volées à l’Etat.

Mandrin organise ses troupes comme une armée, avec solde, grades et discipline. Il s’entoure de contrebandiers locaux, de soldats déserteurs, de prisonniers en fuite. En 1754, en l'espace d'une année, il organise en tout et pour tout six «campagnes» Il a 300 personnes sous ses
ordres et organise sa bande comme un véritable régiment militaire. Mais il n’attaque ni le peuple ni les bourgeois, mais les fermiers généraux et leurs gabelous, puis les soldats et les troupes envoyées à sa poursuite. Il reçoit donc très vite le soutien de la population.

Grand, mince, avec des yeux bleus et des cheveux châtains, l’esprit vif et hardi, il plaisait aux femmes tant sa prestance et son physique le rendait avantageux. En somme, Mandrin savait impressionner et
séduire à la fois. On le nommait parfois « la Belle Humeur ».

En octobre, sa cinquième campagne, au Puy, tourne mal. La Ferme, cette fois, obtient du roi l'intervention de l'armée. La sixième campagne en direction d’Autun et de Beaune en décembre 1754 tourne encore plus mal. Les contrebandiers sont pris en chasse alors qu'ils quittent Autun. C'est le massacre. Mais Mandrin arrive in extremis à s'enfuir en Savoie. Il tente alors d’organiser une septième campagne qui n’aura jamais lieue.

Deux traites dénoncent le refuge du contrebandier. Sous les ordres de Fischer les soldats déguisés en paysans passent la frontière et s’empare de Mandrin au Château de Rochefort sur Novalaise. 500 soldats pour arrêter Mandrin et deux de ses amis.

Le duc Charles-Emmanuel III de Savoie demande à son neveu Louis XV la restitution du prisonnier. L’arrestation est illégale les troupes de la ferme et du roi de France ne pouvant intervenant sur les terres du Piémont Sardaigne. Louis XV est prêt à reconnaître la faute et à restituer le prisonnier. La ferme générale qui détient Mandrin à Valence (Dauphiné) accélère le procès et le déclare coupable. Louis Mandrin refuse de trahir ses camarades.


C'est d'un pas ferme qu'il avance, en chemise, un cierge allumé à la main, la corde au cou et une pancarte dans le dos où il est inscrit : « Chef de contrebandiers, cri­minels de lèse-majesté, assassins, voleurs et perturbateurs du repos public. » Il prononce ensuite la formule rituelle de l'amende honorable, à genoux devant le cloître ouvert de la
cathédrale Saint-Apollinaire : « Je demande pardon à Dieu, au roi et à la justice de tous mes crimes et attentats... »


Citation :
Son repentir est sans doute sincère car depuis qu'il s'est attaqué aux soldats du roi Mandrin ne peut plus se cacher la gravité de ses actes. Comme beaucoup de suppliciés, il accepte les souffrances qu'on lui inflige comme le juste châtiment de ses fautes. En expiant ici-bas, il espère augmenter ses chances de rédemption par la miséricorde divine. L'exécution a lieu en présence de toutes les autorités de la ville, civiles, militaires et ecclésiastiques. C'est aussi un spectacle : à tous ceux qui n'ont jamais pu voir Mandrin, une ultime occasion leur est donnée
de satisfaire leur curiosité. On a construit des gradins qu'on a loués à prix d'or, comme les fenêtres et balcons donnant sur la place des Clercs. Ceux qui n'ont pu y prendre place se juchent sur les toits et dans les arbres... Le condamné garde son air fier et martial. Son confesseur, en revanche, s'évanouit en arrivant sur l'échafaud : Mandrin doit partager avec lui son dernier verre d'eau-de-vie. Il est ensuite attaché sur le dos à une croix de Saint-André. Le bourreau, à coups de barre de fer, lui brise bras, avant-bras, cuisses, jambes, omoplates, bassin et reins. Puis on le détache pour le ligoter sur une petite roue de carrosse, « regardant le ciel », les membres repliés sous le tronc, la tête pendante. La roue est hissée en haut d'un mât, où Mandrin attend une mort atroce sous l'œil avide des corbeaux.

Finalement, l'évêque de Valence, touché par le repentir de Mandrin, obtient du juge qu'il le fasse achever par strangulation avec une corde. Le brigand a tout supporté sans une plainte.
Marie-Hélène Rumeau Dieudonné.
Le supplice a duré huit minutes.


Mandrin n’a jamais remis en cause la monarchie ou même la société d’Ordres. Il admire même la noblesse, il respecte le clergé. Son ennemi
reste les financiers, la bourgeoise. C'est bien un homme de l'Ancien Régime, fort éloigné des idées nouvelles qui commencent à se répandre parmi les élites. Mandrin n’est pas un homme des Lumières et n’est pas un précurseur des hommes de la révolution. Il est le représentant de toutes ces révoltes ayant parcouru l’Ancien Régime, des révoltes contre les abus fiscaux.

Quelques semaines plus tard le récit de son aventure était diffusé partout en Europe, car traduite en allemand ou en italien. Mandrin est resté vivant au travers de sa célèbre complainte :

Nous étions vingt ou trente,
Brigands dans une bande,
Tous habillés de blanc,
A la mod' des... Vous m'entendez ?
Tous habillés de blanc,
A la mod' des marchands.

La première volerie,
Que je fis dans ma vie,
C'est d'avoir goupillé,
La bourse d'un... Vous m'entendez ?
C'est d'avoir goupillé,
La bourse d'un curé.
J'entrai dedans sa chambre,
Mon Dieu qu'elle était grande !
J'y trouvais mille écus,
J'y mis la main... Vous m'entendez ?

J'y trouvais mille écus,
J'y mis la main dessus.
J'entrai dedans une autre,
Mon Dieu qu'elle était haute !
De rob's et de manteaux,
J'en chargeai trois... Vous m'entendez ?

De rob's et de manteaux,
J'en chargeai trois chariots.
Je les portai pour vendre,
A la foire de Hollande.
J' les vendis bon marché,
Ils n' m'avaient rien... Vous m'entendez ?

J' les vendis bon marché,
Ils n' m'avaient rien coûté.

Ces Messieurs de Grenoble,
Avec leurs longues robes,
Et leurs bonnets carrés,
M'eurent bientôt... Vous m'entendez ?

Et leurs bonnets carrés,
M'eurent bientôt jugé.
Ils m'ont jugé à pendre,
Ah ! C'est dur à entendre !

A pendre et étrangler,
Sur la plac' du... Vous m'entendez ?
A pendre et étrangler,
Sur la plac' du marché.

Monté sur la potence,
Je regardai la France.
J'y vis mes compagnons,
A l'ombre d'un... Vous m'entendez ?

J'y vis mes compagnons,
A l'ombre d'un buisson.
"Compagnons de misère,
Allez dire à ma mère,
Qu'ell' ne me verra plus,
J'suis un enfant... Vous m'entendez ?
Qu'ell' ne me verra plus
J'suis un enfant perdu."[/size]

_________________
La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis, la constitution est le régime de la liberté victorieuse et paisible.
Maximilien Robespierre.


Dernière édition par le Jeu 5 Avr - 16:22, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Madrin, prince des voleurs   Jeu 5 Avr - 15:53

Mandrin représente pour moi, l'image d'un contestataire, qui n'eut de cesse de lutter contre le pouvoir et l'arbitraire des fermiers généraux...
En ce sens, j'ai bien aimé voter pour le "Robin des bois des temps moderne"...
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Genovefa



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Date d'inscription : 24/03/2007

MessageSujet: Re: Madrin, prince des voleurs   Jeu 5 Avr - 16:06

Moi aussi, Aude, mon côté romantique flower

Son arrestation ne fut pas des plus loyales et légales :



En octobre, sa cinquième campagne, au Puy, tourne mal. Elle lui vaut une grave blessure au bras suite à un échange de tirs avec les troupes de la Ferme générale. La Ferme, cette fois, obtient du roi l'intervention de l'armée. Mandrin, qui eut tant aimé servir comme officier, est désolé par la perspective d'avoir à affronter des soldats royaux.

Le régiment de chasseurs du capitaine Jean-Chrétien Fischer intervient précisément lorsque Mandrin lance sa sixième campagne, à Autun et Beaune, le 19 décembre 1754. Les contrebandiers sont pris en chasse alors qu'ils quittent Autun. C'est le massacre. Mais Mandrin arrive in extremis à s'enfuir en Savoie.

Le capitaine des troupes de la Ferme générale, Alexis de la Morlière, déguise 500 de ses hommes en paysans et les fait pénétrer en toute illégalité sur le territoire du duché.

Louis Mandrin, le contrebandier de belle prestance que l'on surnommait «Belle humeur» est trahi par deux membres de sa bande. Il est pris avec trois comparses au château de Rochefort et ramené en France, à Valence.

Indigné par la violation de son territoire, le duc Charles-Emmanuel III de Savoie demande à son neveu Louis XV la restitution du prisonnier. Comme le roi de France s'apprête à lui céder, la Ferme générale accélère les formalités de jugement de son ennemi juré. La condamnation tombe le 24 mai 1755 et elle est exécutée deux jours plus tard


Il est mort très courageusement... à 30 ans !!! No
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Camille Desmoulins
Admin


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MessageSujet: Re: Madrin, prince des voleurs   Jeu 5 Avr - 16:20

Voila, j'ai fini ! Ouf, je suis passé par Word pour ecrire et malgré cela que des orphelines sur le texte !

L'histoire est désormais complète !Laughing

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MessageSujet: Re: Madrin, prince des voleurs   Jeu 5 Avr - 16:20

Oh ! Merci, Geno, pour ce récit supplémentaire Very Happy Très intéressant !
Comment ne pas avoir un côté romantique ???
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Genovefa



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MessageSujet: Re: Madrin, prince des voleurs   Jeu 5 Avr - 16:23

Oups, désolée Camille, j'ai fait doublon avec un copier/coller

Mais Aude a pu lire la fin de l''histoire I love you

A tout à l'heure, je dois régler quelques petits trucs et sortir. A plus bounce bounce

J'adore ce smiley bondissant, hauts les coeurs I love you
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MessageSujet: Re: Madrin, prince des voleurs   Jeu 5 Avr - 16:26

Et moi j'adore tes réparties... Laughing Laughing
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MessageSujet: Re: Madrin, prince des voleurs   Aujourd'hui à 2:19

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